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lundi 31 mai 2010

Entretien de deux habitants du quartier


Réalisé par Monia et Aurélie
Le samedi 15 mai

I Présentation des habitants
Nous avons réalisé tout d’abord un entretien avec le frère de Monia, L, 55 ans, marié 3 enfants,(ingénieur en telecommunication) puis nous avons plus rapidement interrogé une de ses filles, N, âgée de 17 ans.
II Leur attachement au Luth
Ils habitent depuis 15 ans au Luth. Il connaît parfaitement l’histoire et l’évolution de son quartier. « Anachronique par rapport aux gens qui habitent ici », il travaille à deux heures de son logement. En effet la plupart des habitants du Luth constituaient la main-d’œuvre des entreprises General Motors et Chausson entre autres. Ces entreprises sont aujourd’hui fermées mais les habitants sont restés. Cette main d’œuvre était principalement d’origine nord africaine. Aujourd’hui le mythe du retour au pays n’est plus qu’un rêve remis à un plus tard.
Habiter au Luth a été un choix, celui d’être intégré plus facilement à la communauté car il n’y a pas de problèmes de mixité culturelle et sociale selon lui. Habiter au Luth était également pour lui la possibilité d’accéder à la propriété (il était déjà propriétaire mais il a vendu et acheté au luth). A leur arrivée les enfants ont été scolarisés dans le quartier du luth.
N, sa fille, y a été scolarisée jusqu’à la fin du collège. Elle est actuellement en BTS à Colombes. Elle « aime sa ville, son quartier » qui a « beaucoup changé dernièrement avec l’arrivée du métro…les gens bougent plus…je trouve qu’il y a beaucoup de travaux en ce moment. ». « Les jeunes s’entendent bien entre eux » « les jeunes ne sont pas si méchants que ça aujourd’hui, les gens qui vont au Tamanoir peuvent traverser le quartier tranquillement » « le défi c’est plutôt entre les jeunes et l’autorité, surtout la Police. Les jeunes prennent mal leur présence, se sentent offensés…tous les jours je vois une voiture de police de ma fenêtre…des jeunes se faire contrôler…Il y a des médiateurs envoyés par la Mairie mais personnellement je ne les ai jamais vu.»
« Son père quant à lui précise que la Police n’entre pas dans le quartier. « Elle est là pour surveiller le métro » des destructions, des guerres entre communes mais leurs réactions lui paraissent démesurées.
« J’aime bien ma ville moi ça ne me dérange pas » résume t-il, « les efforts de la Mairie, de tout le monde me donne envie de participer », « on connait, on voit le Maire, il est marié avec une Algérienne ». Ainsi il perçoit le quartier comme faisant partie d’une ville dynamique, qui répond aux besoins des habitants, où « il y a pratiquement tout ». « Mais la suppression de la taxe professionnelle, 75% du budget de la commune » selon lui apparait comme un désastre pour toutes ces initiatives.




III Leur engagement dans la ville et ce qu’ils regrettent
Il fait partie du « comité de quartier » du Luth, « groupe d’habitant représentatif du Luth qui vont définir avec un tout petit budget des aménagements à faire… » . Ce comité qui existe également dans chaque quartier de la ville serait assez nouveau pour le quartier car son fonctionnement semble en pleine élaboration. Mais il souhaiterait que les projets locaux ne se fassent pas sans « feed back » des habitants. Cela lui semble d’autant plus important qu’il a le sentiment que « l’on s’adapte à la politique de la Région ». Il dresse ce même constat, celui du manque de participation des habitants aux sujets qui les concernent directement, dans le milieu scolaire.
Lui-même, investi le temps de la scolarité de ses filles comme parent d’élève, il a été à l’origine dans ce cadre de plusieurs actions qui animaient le quartier. Il constate que ces initiatives n’ont pas été poursuivies, regrette que « le rapport soit nul entre les parents et l’éducation nationale », qu’il n’y ait « plus que 5 parents d’élèves pour 700 élèves au collège Guy Moquet », qu’on laisse les établissements décider par exemple de l’expulsion d’un élève, décision qui selon lui nie les vrais problèmes, favorisant la dégradation du système, la violence.
Cette dynamique de quartier créée par les parents d’élèves est moins importante aujourd’hui remarque t-il car les élèves des établissements du Luth viennent aussi d’autres quartiers et inversement. Il évoque par ailleurs la disparition d’équipements qui rassemblaient les gens : une maison de quartier où les jeunes se rassemblaient (« ils n’ont plus de lieu où se réunir donc ils s’amusent avec les motos maintenant »), les commerces de proximités. Ainsi il fréquente des équipements extérieurs ( sauf MJD) au quartier comme la piscine, la salle de remise en forme et fait ses courses à Carrefour.
Sa fille, N ajoute que la fête du Luth et la fête de la musique ont disparu également, « Il n’y a plus que la brocante qui réunit les gens, c’est dommage ». Les causes exprimées sont les travaux, les nuisances sonores mais surtout la peur du vandalisme, la violence des jeunes.
Prise par ses études elle a abandonné toute activité culturelle mais avoue qu’elle n’est pas très au courant des activités proposées par la ville, « trouve qu’ils ne font pas assez de publicité pour qu’on les connaisse ». « Au Luth il n’y a rien à ma connaissance qui s’adresse à ma tranche d’âge » ajoute t’elle « et pour les adultes c’est pareil. » D’un autre côté elle exprime son désir d’intégrer des projets s’il y en avait comme des échanges internationaux, des projets qui touchent la danse, la mode tout en exprimant sa peur d’être en représentation devant des gens du quartier. L’image semble être un sujet assez sensible, propre au cadre que représente le Luth. La pratique de la danse s’arrête pour elle à la fin de l’adolescence.
Par ailleurs, La mixité homme-femme dans les activités proposées au Luth quand elle était plus jeune (au Club 11-14, Boutique info jeune) était selon elle un obstacle pour y participer, « je n’avais pas envie de me retrouver dans un groupe avec trop de garçons, moi et mes copines on se sentait gênées » car « c’est le seul quartier de Gennevilliers où les garçons et les filles ne se mélangent pas. Cela ne devrait plus être comme ça aujourd’hui. »
Pour conclure elle exprime un souhait « je m’inscrirai bien dans un projet solidarité internationale et elle cite en exemple un projet existant avec la Palestine.

IV La Rénovation urbaine
Il est très informé sur le projet de rénovation urbaine. Il précise que la période actuelle représente le début des travaux et ajoute que « 25 ans qu’on attend le métro, on est content mais c’est trop tard, la ligne est saturée », d’autres problèmes s’ajoutent et la ville est toujours « surpeuplée », « trop haute ».
Ils se réjouissent de la construction prochaine d’un centre culturel sur le parking centrale du Luth « en espérant qu’il tienne debout » précise t’elle. Ce que lui en attend : « au lieu d’aller à paris on pourrait avoir ici des choses spécifiques à nous, un concert Raï, une pièce de théâtre en arabe… rapprochant les gens de ce qui fait leur culture d’origine. » et la faire découvrir / transmettre aux plus jeunes.
« On pourrait mettre en place ici des actions centrées sur les problèmes des gens d’ici, des actions du comité de quartier par exemple » « Un lieu différent du théâtre de Gennevilliers ». Autrement dit il souhaiterait que ce lieu soit ouvert aux initiatives locales.
Il nous raccompagne vers le metro. Au retour, nous traversons l’artère principale que selon lui les travaux dessinent progressivement, qui serait donc quelque part un des symboles du désenclavement. En passant devant ce qui sera un jardin entre deux immeubles, il explique : « Ils essaient de rendre jolie le quartier avec tout ça ». Ces mots traduisent une certaine lucidité du changement qui ne pourra se réduire, être masqué avec de l’agrément.

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