Introduction
Genèse de l’implication gennevilloise dans le programme régional de recherche-action
En novembre 2001, la ville de Gennevilliers s’inquiétait de la situation du quartier du Luth
Elle proposait à Mme Joëlle Bordet, psychosociologue de mettre en place un groupe de
travail constitué de professionnels du quartier du Luth. Malgré une implantation forte des
institutions publiques, du tissu associatif, le contexte territorial était traversé par des
tentatives de leadership d’économie parallèle, d’affirmation identitaire. Les professionnels
des champs social et éducatif observaient des formes nouvelles de distanciation avec les
jeunes et les familles.
Dans ce contexte, il s’agissait :
· d’analyser collectivement les processus à l’oeuvre dans la relation sociale des jeunes et
de l’ensemble des habitants,
· d’identifier les freins pour une intervention publique reconnue, légitimée par les
habitants et en particulier par les jeunes les plus marginalisés.
Gennevilliers, ville industrielle de 42500 habitants du Nord de Paris, a connu tous les
processus de mutations sociales, culturelles, économiques et politiques, caractéristiques de
la banlieue rouge et de la condition ouvrière. Avec l’essor de l’activité industrielle,
Gennevilliers a accueilli puis logé une population immigrée importante, Nord africaine en
particulier. La ville est aujourd’hui constituée de 64%de logements sociaux.
La forte identité ouvrière, forgée par une mémoire collective autour des luttes sociales et
politiques Front populaire, la Résistance, la Décolonisation, mai 68, etc.…), constitue
encore un socle de référence pour la population et les élus.
Les valeurs d’engagement collectif et de citoyenneté traversent les orientations des services
communaux. Les actions de démocratie participative (Conseil local de la jeunesse, comités
de quartier, lutte contre l’habitat indigne…) s’inscrivent dans une longue tradition
d’interpellation, d’échanges et de débats entre les habitants et les élus.
Dans ce contexte, les « signes de fragilisation de la vie sociale » au Luth interpellaient
fortement l’équipe municipale. Quel sens pouvait avoir cette distanciation des jeunes et des
familles avec les institutions ?
Comment travailler non pas seulement sur les phénomènes de violence, dans une vision
«éradicatrice», mais davantage sur l’analyse des situations, le sens qu’elles peuvent avoir ?
Travailler sur le sens du conflit, sur la distanciation avec les institutions et non pas
seulement sur son expression radicale, la violence.
12 séances de travail réunirent des professionnels de l’éducation, du travail social, de la
justice et le président d’une amicale de locataires.
Au-delà de la gestion des tensions liées à la lutte contre les leaderships et leur confrontation
au cadre légal, la problématique interrogeait la distanciation des jeunes et des familles sous
l’emprise de ces économies parallèles et des réseaux avec les formes de socialisation
« classiques ».
Comment, pour des professionnels de l’éducation, travailler avec des jeunes et des familles
qui tiennent de moins en moins à la reconnaissance sociale ? « Simple » mécanisme défensif
ou processus identitaire plus profond ?
Comment, dans ce contexte, réinstituer des normes et des valeurs de « protection »
suffisamment fortes pour supplanter les formes de constructions identitaires déviantes,
marginales et/ou sectaires ?
Aussi, il s’agissait non pas de « traiter des comportements déviants » mais de réinterroger
l’évolution du rapport à la loi, à la norme, voire, de reformuler la norme et d’appréhender ce
problème dans un contexte social beaucoup plus large.
Cette expérience de travail confortait l’intérêt de tels espaces de réflexion, d’analyse pour
les professionnels, dans une perspective de veille, d’expérimentation et par la même de
réassurance collective.
Elle mit en exergue le nombre et la qualité des actions éducatives développées sur le
quartier sans que les divers professionnels en présence en aient véritablement connaissance.
Mais il était nécessaire d’approfondir l’analyse sur les processus de distanciation des jeunes
et des familles dans leur rapport au légal pour définir les pistes de travail. Les questions
identifiées imposaient précision et prudence sur la formulation et l’élaboration de réponses
en présence d’institutions diverses, sociales, éducatives et judiciaires (pratiques
institutionnelles face à des situations d’illégalité, travail sur des pratiques familiales
illégales, islamisation des codes de références…).
Le programme régional de recherche action sur les ruptures éducatives auquel il fut proposé
à la ville de Gennevilliers de participer constituait, dans ce contexte, une réelle opportunité
de poursuivre la démarche engagée et de l’élargir à d’autres acteurs de la ville.
A /1. Opportunité de la forme du travail proposé
Il devenait en effet indispensable de s’extraire de la situation très stigmatisée du Luth pour
traiter de ces questions. Elles intéressaient les professionnels bien au-delà de ce quartier. La
poursuite de ce travail ne pouvait s’effectuer en l’absence de partenaires tels que la
prévention spécialisée ou l’Aide sociale à l’enfance, pour ne citer qu’eux.
Le travail engagé ne pouvait se poursuivre sans la présence d’un tiers apportant de
l’expertise, dans une posture d’aide à la réflexion, à la coproduction d’une analyse, de pistes
d’action. Le sujet, le rapport légal/illégal entre jeunes et institutions, nécessitait un système
de régulation et un cadre d’échanges strictement formalisé.
Le cadre scientifique de « recherche-action » constituait donc un support tout à fait
intéressant. Le prolongement de la démarche avec le même chercheur une plus value
évidente.
La « recherche action » permettait de prolonger l’analyse non pas a posteriori mais
d’expérimenter, de produire de l’expertise collective à partir de l’analyse de pratiques. Or, la
reformulation des questions avait montré l’intérêt de produire non pas de la « norme
d’action préconçue » mais de constituer (« capitaliser ») des références collectives
d’expérience, pour fonder de la culture commune. Il n’y a qu’à cette condition que les
professionnels en présence pouvaient se constituer un « cadre de référence » commun.
Cette production ne pouvait de fait s’établir que dans la durée, dans un processus de
distanciation qui permette de vérifier des hypothèses, d’analyser des transformations, des
processus.
A/2. Opportunité de l’échelle de travail proposé
La dimension régionale du programme permettait de s’inscrire dans un espace d’échange
avec d’autres villes, traversées par des préoccupations similaires. Certes les échanges
peuvent se développer en dehors de programmes de recherche, mais ceux-ci ont l’intérêt de
proposer un cadre commun préalable aux expérimentations qui contribue à faciliter les
échanges.
L’inscription dans un programme associant plusieurs villes permettait de traiter de questions
particulièrement complexes et délicates sans pour autant stigmatiser la ville. De tels sujets
imposent en effet l’acceptation d’une mise en danger. La ville de Gennevilliers engageait
une démarche courageuse et novatrice pour lequel le cadre scientifique offrait les garanties
de sa gestion des risques de stigmatisation.
Enfin, l’échelle régionale constituait un espace de médiation interinstitutionnelle, un niveau
de décision intermédiaire important dans l’organisation des institutions françaises. Il était un
niveau intéressant pour envisager les perspectives de travail du programme :
· pour la formation des acteurs ;
· pour la proposition de programmes d’action publique mobilisant l’Etat, les différentes
collectivités territoriales sur un même territoire communal, et particulièrement dans les
champs de l’éducation, de la formation, de l’intégration et de l’insertion
professionnelle.
Le travail engagé par la ville en novembre 2001, prolongé depuis 2002 a ainsi permis de
faire évoluer l’action publique et les pratiques des professionnels.
Le champ de la prévention constitue une bonne illustration. Le programme a permis de
conforter des actions novatrices et développer des axes d’expérimentation sur des champs
nouveaux
http://i.ville.gouv.fr/divbib/doc/RappsynthGennevilliers11-05.pdf
dimanche 30 mai 2010
>DOC : Analyse et Recherche/action menée à Gennevilliers
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